Choix de la rédaction : nos montres préférées des Geneva Watch Days 2026 (et au-delà)

La semaine dernière se tenaient les Geneva Watch Days. Sans être tout à fait la semaine la plus chargée de l’année en matière de nouveautés horlogères, elle n’en est pas loin : l’édition 2026 a réuni à Genève des dizaines de marques venues présenter leurs dernières créations. L’événement s’est officiellement déroulé du 2 au 6 septembre, avec expositions, présentations et événements ouverts au public selon le programme des Geneva Watch Days. Nous avons couvert bon nombre de ces montres dès leur dévoilement, mais après quelques jours pour digérer tout ce que nous avons pu découvrir — en personne pour certains, à distance pour les autres — le moment semblait bien choisi pour revenir sur les modèles qui nous ont le plus marqués. Et qu’on nous pardonne : malgré nos efforts pour rester strictement dans le cadre des Geneva Watch Days, quelques nouveautés présentées en marge de l’événement se sont glissées dans notre sélection. Elles méritent néanmoins largement qu’on s’y attarde.

Notre équipe ne peut évidemment pas tout couvrir ici. Voici donc les montres qui ont particulièrement retenu notre attention parmi cette riche semaine horlogère.

Laurent Ferrier Classic Moon Dusk en or jaune, plus la M.A.D.3 Vincent Calabrese

Peut-on en choisir deux ? Ici, c’est indispensable. Cette année avait quelque chose des grandes heures passées : les deux montres que nous aurions réellement envie d’acheter parmi les nouveautés de 2026 proviennent de maisons appréciées depuis très longtemps, Laurent Ferrier et MB&F. La première est la nouvelle série limitée « Dusk » de Laurent Ferrier, un calendrier annuel avec phase de lune en or jaune.

Laurent Ferrier Classic Moon Dusk in Yellow Gold

L’or jaune y joue évidemment un rôle essentiel, et cette première déclinaison possède un charme particulier. Le boîtier en or jaune, le cadran aux tons feutrés et la phase de lune en obsidienne forment un ensemble particulièrement séduisant. Laurent Ferrier décrit la palette comme un mélange de nuances « taupe, chocolat et dorées ». Est-elle parfaite ? Aucune montre ne l’est. On aurait aimé que le mouvement dérive du calibre à échappement naturel, et le prix de 93 000 CHF reste conséquent. Mais il s’agit de l’une des Laurent Ferrier les plus réussies depuis quelque temps.

M.A.D.3

La deuxième vient de MB&F, ou plus précisément de MAD : la MAD 3. Max Büsser, MB&F et Vincent Calabrese réunis dans une montre proposée pour quelques milliers ? Pour qui suit l’horlogerie indépendante depuis longtemps, difficile de faire beaucoup plus réjouissant. C’est une manière ludique de célébrer l’une des figures historiques de l’horlogerie indépendante.

MING 57.05 Comet

Qui aurait cru avoir besoin d’une lunette spécialement pensée pour l’heure d’été ? La MING 57.05 « Comet » rend pourtant l’idée très convaincante. MING divise la lunette des heures mondiales en deux anneaux : les villes appliquant l’heure d’été sur l’anneau extérieur et celles qui ne la pratiquent pas sur l’anneau intérieur. Un clic ne déplace ainsi que les villes concernées par le changement saisonnier, tandis qu’une ouverture indique immédiatement si l’heure d’été est activée. C’est le genre de complication qui paraît évidente une fois réalisée, mais rarement avec une telle élégance.

Ming 57.05 Comet

Le cadran mérite lui aussi l’attention : son motif multicouche « Comet Tail », composé de trames superposées, change de texture au gré de la lumière. La montre repose sur un calibre dérivé d’un mouvement Sellita, avec un disque GMT à la place d’une aiguille. Le bracelet MING Polymesh complète l’ensemble et constitue presque à lui seul une raison de s’intéresser à la montre. Limitée à seulement 200 exemplaires, cette série ne devrait pas rester disponible très longtemps.

Gallet Multichron Classics

La ligne Gallet Classics constitue une agréable surprise.

Gallet Multichron Classic Wristshot

Contrairement à une idée répandue, produire une réédition raisonnablement fidèle n’est pas une décision commerciale facile, surtout lorsqu’il s’agit de vendre des montres à grande échelle. C’est pourtant l’un des objectifs importants de Gallet. Breitling n’a pas acquis la marque pour écouler seulement quelques modèles ou s’adresser exclusivement aux passionnés. L’ambition est de faire connaître Gallet à un public plus vaste dans ses espaces de vente, avec l’espoir que certains clients s’intéressent ensuite aussi à Breitling. Et, aussi attachantes que soient les montres anciennes, les rééditions vintage ne suffisent pas à elles seules pour atteindre cet objectif.

Nivada Grenchen connaît certes une activité importante, probablement bien au-delà du seul cercle des passionnés les plus assidus. Mais pour une entreprise adossée à un groupe de l’envergure de Breitling, Gallet doit toucher un public très large. Les nouvelles Flying Officer, Multichron Sport et Multichron Pilot étaient donc prévisibles ; l’existence d’une proposition destinée aux amateurs de vintage l’était moins. Gallet l’a pourtant faite, et avec beaucoup de soin.

Gallet Cultichron Classics Trio

Sans les avoir encore vues en personne, une certaine prudence reste de mise. La Doxa Sub 300 en titane aurait également constitué un choix facile. Mais par la qualité du mouvement, les dimensions et les détails inspirés des modèles historiques, les Gallet Classics Multichron semblent offrir une proposition très convaincante malgré un tarif légèrement supérieur au reste de la gamme. Parfois, jouer ses classiques reste la meilleure manière d’accompagner un nouveau départ.

Tudor Northflag

Le choix était difficile entre la Northflag et la Sub 300 Ti5, mais la Tudor donne davantage le sentiment d’être une véritable nouveauté. Ce modèle de niche revient sous une forme nettement plus accessible, avec une complication que Tudor semble désormais heureux d’installer sur de nombreux modèles hors Pelagos 39. Plus petite et plus fine au poignet que la première North Flag, cette Northflag reçoit désormais le système T-Fit et une certification chronomètre METAS. Elle apparaît comme une excellente alternative à une Black Bay GMT, une Pelagos FXD GMT ou même une Black Bay Pro, même si certains passionnés regretteront l’indicateur de réserve de marche plein de caractère de l’originale.

Tudor Northflag Wristshot

Après la Ranger et la Black Bay Chrono aux dimensions réduites, l’inattendue Monarch et plusieurs années d’évolution de la famille Black Bay, la Northflag illustre bien l’élargissement continu de la gamme Tudor. Elle est à la fois très différente du reste du catalogue et moins singulière que ne l’était le modèle original de 2015.

Daniel Roth Extra Plat en or rose à cadran doré

Les montres Daniel Roth, qu’elles soient néo-vintage ou contemporaines, cultivent une élégance remarquable. La nouvelle Extra Plat en or rose avec cadran noir aux détails dorés est peut-être la plus séduisante de cette renaissance jusqu’ici. Le noir et l’or possèdent une opulence naturelle, mais associés au boîtier Roth ultrafin à double ellipse, immédiatement reconnaissable, l’effet reste parfaitement maîtrisé. Une forme de glamour sobre, renforcée par un guillochage impeccable.

Daniel Roth Extra Plat

Image : avec l’aimable autorisation de Daniel Roth.

Le cadran est la véritable vedette. Il part d’une ébauche massive en or rose 5N, guillochée à la main au tour à guillocher afin de créer les différents motifs, avant de recevoir un traitement galvanique noir. Les inscriptions sont masquées pendant ce processus : ce qui ressemble à une impression dorée correspond donc en réalité à l’or rose du cadran laissé apparent. Cette technique donne une profondeur et un contraste remarquables, qui faisaient parfois défaut à certaines versions plus ton sur ton de l’Extra Plat.

Daniel Roth Dial

Image : avec l’aimable autorisation de Daniel Roth.

Il faut aussi reconnaître l’efficacité d’un cadran noir associé à un boîtier en or. Ce mariage est particulièrement recherché dans l’univers vintage pour une raison : il paraît fastueux tout en restant parfaitement classique. Il possède même quelque chose d’ancien, évoquant la poterie grecque et ses figures se détachant sur des surfaces noires et profondes. Ici, ce contraste apporte une richesse particulière à une montre habillée par ailleurs très retenue.

Le travail de La Fabrique du Temps autour de Daniel Roth reste l’une des renaissances les plus intéressantes de l’horlogerie contemporaine. Avec seulement 7,7 mm d’épaisseur, cette montre habillée réunit une personnalité forte, une exécution soignée, une touche d’étrangeté et beaucoup d’élégance.

Alto ART 02

Avant même de découvrir Alto en début de semaine, il était évident que l’ART 02 représentait une étape ambitieuse pour cette jeune marque française dont les montres sont fabriquées en Suisse.

Alto ART 02

Image : Andy Hoffman.

Cette interprétation affinée et modernisée de l’ART 01 originelle précise le langage stylistique d’Alto avec un boîtier en titane plus petit et plus facile à porter. Elle ajoute un bracelet intégré assorti et dessiné spécialement — une première pour Alto — doté d’un système de changement rapide simple à manipuler et d’un micro-ajustement. Elle inaugure également le calibre manufacture A02, produit avec Cercle des Horlogers, qui prolonge l’architecture mécanique singulière d’Alto et peut être admiré à travers le fond ouvert en saphir facetté.

Alto ART 02 Wristshot

Image : Alto, Verne Ho.

Étonnamment légère au poignet, avec un boîtier en titane grade 5 de seulement 38 grammes, 36 mm de diamètre et 42,3 mm de longueur, l’ART 02 se distingue surtout par son cadran anthracite « architectronique » et ses aiguilles. On retrouve notamment l’aiguille des secondes tournant à rebours, visible sous l’extraordinaire verre saphir incurvé et biseauté caractéristique d’Alto.

Sur un poignet relativement fin, cette montre artistique paraît parfaitement à sa place et met en valeur les thèmes chers à la marque : sculpture, lecture du temps, art et design. Affichée à 15 750 euros, avec une production prévue de 150 pièces cette année, l’ART 02 laisse une forte impression et donne à Alto de solides arguments auprès des collectionneurs contemporains.

A. Lange & Söhne 1815 Up/Down

Choisir une édition limitée d’une marque qui ne participait techniquement pas aux Geneva Watch Days s’écarte quelque peu du principe de cette sélection. Pourtant, après quelques jours de recul, difficile d’opter pour autre chose que l’A. Lange & Söhne 1815 Up/Down. Elle compte non seulement parmi les montres les plus marquantes de cette semaine genevoise élargie, mais aussi parmi les sorties les plus mémorables de 2026.

A. Lange & Söhne 1815 Up/Down Two-Shot

La version en or blanc est particulièrement réussie. Beaucoup préféreront sans doute l’or rose, mais l’or blanc possède ici quelque chose d’un peu plus spécial. Son apparence presque monochrome est saisissante et la rend facile à imaginer dans un usage quotidien.

Avec ses 37,5 mm, ses proportions paraissent parfaitement adaptées à une montre habillée contemporaine. Passer des 39 mm du modèle récent à 37,5 mm, plutôt que de revenir aux 35,9 mm de la 1815 Up/Down originale, montre aussi qu’une montre plus petite ne doit pas nécessairement retrouver exactement les dimensions de son ancêtre.

A. Lange & Söhne 1815 Up/Down Wristshot

L’or blanc a notre préférence, mais la version en or rose reste superbe.

Cette montre avait finalement tout pour séduire les amateurs de petits diamètres et d’A. Lange & Söhne. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois cette année que Lange applique cette recette. Elle rappelle à bien des égards le calendrier annuel Saxonia de 36 mm présenté à Watches & Wonders. Dans les deux cas, la manufacture reprend un format déjà convaincant et le transpose dans des dimensions plus compactes sans rien sacrifier à l’ensemble. Pour replacer cette présentation dans son contexte, Watches & Wonders Geneva 2026 constituait l’autre grand rendez-vous genevois de l’année.

Bulgari Octo Finissimo Vianney Halter

Il arrive qu’une montre s’impose immédiatement et reste en tête pendant des jours, des semaines, voire des mois. Il est encore trop tôt après les Geneva Watch Days pour parler de plusieurs mois, mais la nouvelle Octo Finissimo créée par Bulgari avec Vianney Halter a produit cet effet dès sa présentation. Elle abandonne le profil lisse et épuré habituel de l’Octo Finissimo au profit d’une composition en strates, d’inspiration steampunk, ponctuée de sous-cadrans et affichant deux fuseaux horaires, la date ainsi que l’indication jour/nuit. Le résultat ne plaira certainement pas à tout le monde : ni l’Octo Finissimo ni l’Antiqua de Halter ne sont des créations consensuelles. Mais pour qui apprécie les deux univers, cette collaboration ressemble à un exercice créatif rêvé.

Bulgar Octo Finissimo Vianney Halter

Bulgari a déjà largement exploré l’Octo Finissimo au fil de collaborations avec des artistes et des designers, mais celle-ci semble appartenir à une autre catégorie. Une fois en main, l’Octo Finissimo Vianney Halter tient ses promesses. Elle paraît tout autant héritière de l’Antiqua steampunk de Halter que de l’Octo Finissimo, ce qui est précisément ce qu’une collaboration réussie devrait accomplir. On pourrait soutenir que la version en or sur bracelet cuir se rapproche encore davantage du langage de l’Antiqua, mais la référence entièrement réalisée en titane, plus épurée, est celle qui nourrit le plus les rêves de collection.

Références