La grenouille originale bondit ce lundi — Rolex Submariner 16610LV « Kermit »

Observer cette « Flat 4 » me rappelle à quel point les lunettes en aluminium peuvent être séduisantes.

Même lorsqu’une chose est objectivement meilleure, elle peut rester subjectivement moins désirable. Les exemples ne manquent pas, qu’il s’agisse d’automobiles, de matériel hi-fi, de bateaux ou, bien sûr, de montres. Lorsque je suis tombé de manière inattendue sur cette Rolex Submariner 16610LV « Kermit », toutes sortes de pensées me sont venues. Oui, la « Sub » actuelle est techniquement supérieure. Mais cette « Kermit » néo-vintage, avec son cadran Mark I et sa lunette B2 « Flat 4 », possède à mes yeux bien plus de charme que la « Hulk », plus récente et nettement plus massive, ou que la « Starbucks » et son allure plus sophistiquée.

Entendez-vous « Shake, Rattle and Roll » de Big Joe Turner lorsque vous prenez en main une Rolex d’une autre époque ? C’est mon cas, et c’est plutôt bon signe. Cette chanson de blues rythmée de 1954 donne immédiatement le sourire. Beaucoup de Rolex vintage ou néo-vintage produisent le même effet, et la Submariner 16610LV « Kermit » à lunette verte me fait sourire jusqu’aux oreilles.

Rolex Submariner 16610LV

Rolex Submariner 16610LV « Kermit » : la grenouille originale passée au crible

En 2003, Rolex a célébré le 50e anniversaire de la Submariner avec la référence 16610LV. La marque genevoise s’est permis une touche de fantaisie en dotant cette Submariner d’une lunette verte, couleur emblématique de Rolex. Les lettres « LV », pour « Lunette Verte », ont ainsi été ajoutées à la référence 16610. Rolex confirme que la 16610LV associait un cadran noir à un insert de lunette en aluminium anodisé vert, une première dans la gamme Submariner. L’histoire officielle de la Submariner revient notamment sur cette évolution. Et puisque presque toutes les Rolex sportives finissent par recevoir un surnom, ce modèle anniversaire est devenu la « Kermit », en référence à la célèbre grenouille verte.

Rolex

Outre cette lunette singulière, le cadran de la Kermit apportait une autre évolution : il s’agissait d’un cadran « Maxi », doté d’index et d’aiguilles agrandis. Pour le reste, la Kermit reste une véritable Submariner : boîtier Oyster de 40 mm en acier 904L, couronne Triplock vissée et protégée, fond plein vissé et verre saphir plat surmonté d’une loupe Cyclope pour la date. La 16610 offre une étanchéité à 300 mètres et mesure 12,8 mm d’épaisseur, 47,6 mm de longueur et 20 mm entre les cornes.

Submariner

Pourquoi « Kermit » ?

Le surnom tombe juste, mais il ne vient pas uniquement de l’insert de lunette vert en aluminium. Regardez attentivement les grands index blancs et ronds, puis pensez aux yeux de Kermit : la 16610LV reprend en quelque sorte à la fois sa couleur et son regard.

Rolex Submariner

Comme je l’écrivais plus haut, le léger cliquetis d’une Rolex d’autrefois suffit à me mettre de bonne humeur. Certes, la 126610 actuelle est objectivement plus performante à plusieurs égards : son calibre 3235 dispose notamment d’une réserve de marche d’environ 70 heures, contre 48 heures pour le calibre 3135 précédent. Mais cette montre-outil de luxe de 41 mm, légèrement plus grande et remarquablement construite, apparaît aussi beaucoup plus sérieuse. Même l’actuelle version LV, surnommée « Starbucks », ne possède pas à mes yeux le côté aussi léger et ludique de la première LV du 50e anniversaire.

Submariner 16610LV

La Submariner actuelle semble avoir un abonnement à la salle de sport et s’y rendre trois ou quatre fois par semaine. La Kermit, elle, paraît naturellement mince et athlétique. Elle n’essaie pas de paraître en forme : ses proportions s’en chargent. C’est aussi pour cela que cette Kermit au léger cliquetis me fait autant sourire.

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Les différents visages de la Kermit

Peu de marques sont examinées d’aussi près que Rolex. Les collectionneurs scrutent chaque détail et analysent la moindre différence. Ce qui me fascine, c’est que Rolex semble simplement avoir fait évoluer sa production au fil du temps, tandis que les passionnés cherchent souvent une logique précise derrière chaque détail. Quoi qu’il en soit, si l’on considère les Rolex comme le résultat d’une évolution progressive, les différentes étapes sont passionnantes. Il suffit d’observer l’évolution de la grenouille — pardon, de la Kermit.

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Plusieurs sous-générations de la Kermit se sont succédé au cours de sa période de production, avec de subtiles différences esthétiques. On distingue notamment cinq versions de la lunette unidirectionnelle. La « Flat 4 » est la plus célèbre et l’une des plus recherchées. Il suffit d’observer le « 40 » de la lunette : la Kermit examinée ici est bien une Flat 4. Cette typographie particulière se rencontre sur les modèles à numéro de série Y de 2003 et F de 2004. Les versions ultérieures présentent un « 4 » plus pointu sur l’insert vert.

La teinte du vert varie également. L’insert B1 de la première série présente une couleur vert olive qui lui a valu un autre surnom, « Bertolli ». Il est donc possible de parler d’une Rolex Submariner 16610LV Kermit Flat 4, B1, Bertolli — cela commence à faire beaucoup. L’exemplaire présenté ici est une Flat 4 dotée d’un insert B2. Pour approfondir les variantes de la 16610LV, un guide consacré à la Kermit et à ses différentes configurations apporte un complément utile.

Rolex Submariner 16610LV

Les « Oval O’s » et les « Round O’s »

Si vous pensiez que les variations s’arrêtaient à la lunette, ce n’est pas le cas. Il existe également différents cadrans à examiner : cinq versions, voire six si l’on compte un éventuel cadran de service. Sans entrer trop loin dans les détails, les collectionneurs distinguent notamment les « Oval O’s » et les « Round O’s ». L’exemplaire présenté ici possède un cadran Mark I, caractérisé par un « O » aplati et ovale dans la signature Rolex.

Pour les plus minutieux, un autre détail apparaît à 6 heures. Les graduations des minutes 28 à 32 y sont plus courtes que sur les cadrans ultérieurs, tandis que l’inscription « Swiss Made » s’étend au-delà de celles-ci. Les connaisseurs de Rolex désignent cette typographie par le terme « Wide ».

Submariner 16610LV

Il reste encore le boîtier et le bracelet à inspecter. La Kermit existe avec deux types de réhaut : le boîtier NER (Non-Engraved Rehaut), sans gravure, et le boîtier ER (Engraved Rehaut), avec réhaut gravé. Comme le mot « ROLEX » n’est pas répété sur le réhaut de notre exemplaire, il s’agit d’un boîtier NER.

Enfin, le bracelet est plus simple à identifier puisque la 16610 était proposée avec le bracelet Oyster réf. 93250, en acier brossé, doté de maillons extérieurs pleins et de maillons centraux creux. Nous pouvons donc résumer, de manière quelque peu extravagante, la montre au centre de cet article ainsi : Rolex Submariner 16610LV Kermit, Flat 4, B2, Mark I Wide, NER.

16610LV

Dernières réflexions sur la Rolex Kermit

À son arrivée sur le marché en 2003, la Submariner 16610LV Kermit était proposée à 3 950 €. Son dernier prix catalogue avant son arrêt en 2010 avait atteint 6 700 €. Aujourd’hui, il faut prévoir nettement davantage pour en acquérir une. Les écarts peuvent être considérables selon la période de production et la variante : certains exemplaires de fin de série se trouvent autour de 12 000 €, tandis que des Flat 4 plus anciennes peuvent atteindre environ le double.

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Ces prix sont plus ou moins comparables à ceux des Submariner « Hulk » et « Starbucks » plus récentes. En tant que montre, toutefois, la Kermit conserve une personnalité distincte. Elle appartient aux dernières générations de Submariner dotées d’un insert de lunette en aluminium et représente, à mes yeux, la fin d’une certaine forme de charme. Les Submariner modernes, techniquement supérieures, adoptent notamment des inserts de lunette Cerachrom en céramique, conçus pour offrir une grande résistance aux rayures et préserver leur couleur, comme le détaille Rolex dans sa présentation de la Submariner. Avec leurs boîtiers plus imposants, leurs bracelets et leurs fermoirs très aboutis, elles me paraissent cependant trop sérieuses pour être aussi attachantes. La lunette en céramique ressemble presque à une coiffure chargée de gel : parfaite jusqu’au dernier cheveu, mais un peu artificielle et trop étudiée.

126610LV

Une lunette en aluminium évoque au contraire cette allure décontractée que l’on a à la fin d’une magnifique journée à la plage : un peu ébouriffée, mais naturellement réussie. Les Submariner actuelles semblent presque trop parfaites et sont plus que jamais perçues comme des symboles de statut social. À mes yeux, la 16610LV Kermit, quelle que soit sa variante, est la meilleure et la dernière représentante de son espèce. Elle est amusante, singulière, charismatique, vivante, fiable et possède bien d’autres qualités. À bien y réfléchir, c’est tout ce que l’on pourrait attendre de son partenaire… je veux dire, de sa montre.

Références